On associe souvent Mylène Farmer aux larmes, aux anges déchus et aux grandes interrogations existentielles. Pourtant, depuis ses débuts, la chanteuse a toujours pris soin d'aérer son univers avec des moments plus légers, plus pop et parfois franchement espiègles. Une façon d'éviter que sa discographie ne ressemble à une séance de psychanalyse de quatre heures sans entracte.
Sur l'album Cendres de lune, cette respiration s'appelait « Libertine », morceau insolent et joyeusement provocateur qui apportait déjà un contrepoint aux atmosphères plus mélancoliques du disque. Quelques années plus tard, son deuxième album proposera à son tour une parenthèse plus frivole avec « Déshabillez-moi », reprise du titre popularisé par Juliette Gréco. Une manière pour Mylène de rappeler que la sensualité et l'humour ont toujours fait partie de son univers.
En reprenant « Déshabillez-moi », Mylène rend hommage à Juliette Gréco, immense figure de la chanson française, mais aussi à toute une tradition de femmes libres et provocantes qui ont secoué les bonnes mœurs avec élégance. On pense évidemment à Magali Noël et à son fameux « Fais-moi mal Johnny », écrit par Boris Vian, véritable petit scandale musical avant l'heure. Certaines chanteuses françaises savaient déjà manier la séduction et l'ironie avec une délicieuse impertinence. Enfin n'oublions pas que quelques mois avant Mylène, Patti Layne avait proposée une version reggae de la chanson classique de Greco, cela a t-il inspiré notre rouquine?
L'interprétation de Mylène conserve cet esprit mutin. Loin de la gravité de « Désenchantée » ou des tourments de « Tristana », elle s'amuse avec le texte et assume une féminité théâtrale, presque cabotine. Une facette que l'on oublie parfois chez elle, tant son image reste associée à des univers plus sombres. Pourtant, Mylène a toujours aimé brouiller les pistes et glisser quelques sourires entre deux méditations sur le temps qui passe.
Et puisque l'on parle de provocation, impossible de ne pas évoquer sa prestation aux Oscars de la Mode en 1987. Vêtue d'une robe très sexy, la chanteuse interprète « Déshabillez-moi » devant un parterre médusé. Entre glamour, sensualité et second degré, la performance fait sensation. Fidèle à elle-même, Mylène transforme une simple reprise en petit événement dont elle a le secret.
Cette reprise témoigne aussi du profond attachement de Mylène Farmer aux grandes figures féminines de la chanson française. Après Juliette Gréco, c'est à qui le tour? On pourrait facilement imaginer la chanteuse rendre hommage un jour à Jane Birkin ou Françoise Hardy. Au-delà des différences de répertoire, leurs voix fragiles, leurs sensibilités délicates et cette manière de privilégier l'émotion à la démonstration vocale semblent se répondre naturellement. On imagine sans peine Mylène murmurer « Message personnel » ou revisiter « Baby alone in Babylon » avec sa touche si particulière. Après tout, elle a toujours aimé faire dialoguer le passé et le présent.
Finalement, « Déshabillez-moi » n'est pas une curiosité isolée dans sa carrière, mais une pièce supplémentaire de ce subtil équilibre entre ombre et lumière qui caractérise son œuvre. Car derrière les symboles, les blessures et les grandes passions, Mylène Farmer n'a jamais oublié qu'une chanson pouvait aussi être un jeu, quelques années plus tard avec le clip de "L'amour n'est rien" elle illustre l'idée de cette chanson enregistrée en 1988.
Quant à ma fan-made cover en rose qui accompagne cet article, elle prolonge cet esprit. Avec ses teintes douces et glamour, elle met en avant le côté pétillant, féminin et délicieusement rétro de cette reprise. Un rose tendre presque innocent… ce qui, connaissant Mylène, est sans doute la plus belle des provocations.


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