À l’automne 2008, Mylène Farmer surprend tout le monde avec « Dégénération », premier extrait de l’album "Point de Suture". Un choix audacieux qui marque une véritable rupture dans sa discographie. Exit les grandes envolées lyriques et les textes foisonnants : place à un univers plus froid, plus minimaliste et résolument tourné vers le futur. Comme si la chanteuse avait décidé de faire un grand ménage de printemps… version science-fiction.
Ici je revisite l'esthétique du titre à travers une pochette inédite, un wallpaper, et une analyse de la place du titre dans la discographie de la chanteuse.
Dès les premières secondes, « Dégénération » impose sa singularité. La production de Laurent Boutonnat joue la carte de l'épure avec une rythmique martiale, des nappes électroniques et un mixage qui évoque presque davantage un remix qu'une chanson pop traditionnelle. Un son minimaliste et hypnotique qui tranche avec les orchestrations plus romantiques et luxuriantes des albums précédents. Une évolution qui a d'ailleurs pu dérouter lors des premières écoutes, avant de devenir une évidence pour beaucoup.
Cette envie de modernité se retrouve également dans le clip réalisé par Bruno Aveillan. Si l'aspect cinématographique reste fidèle à l'ADN de Mylène, l'ambiance bascule clairement du côté de la science-fiction. Entre laboratoire mystérieux, expériences médicales et résurrection spectaculaire, l'univers évoque davantage un film futuriste qu'une parabole gothique. Quant au look de la chanteuse, difficile de ne pas penser à Leeloo dans *Le Cinquième Élément*. Une héroïne venue d'ailleurs, mais qui conserve une petite touche familière grâce à cette coiffure sophistiquée déjà aperçue quelques années plus tôt dans le clip de « L'Âme-Stram-Gram ». Comme quoi, même dans le futur, on peut recycler ses bonnes idées capillaires.
Autre surprise : le texte. Avec ses phrases courtes, ses répétitions et sa structure déconstruite, « Dégénération » semble volontairement prendre le contre-pied des textes très littéraires qui avaient longtemps caractérisé Mylène Farmer. Une approche plus instinctive et plus conceptuelle qui a parfois déconcerté. Pourtant, l'exercice fonctionne parfaitement et participe à l'atmosphère étrange du morceau. D'ailleurs, cette forme de minimalisme n'était pas totalement inédite dans son parcours. Dès les années 1980, « Psychiatric » ou encore « La Ronde triste » proposaient déjà des textes plus courts et atypiques. « Dégénération » pousse simplement cette logique beaucoup plus loin.
Pensé comme un véritable single de lancement, le morceau avait pour mission de surprendre et d'annoncer une nouvelle palette musicale. Mission accomplie. Avec ce titre, Mylène Farmer ouvrait une nouvelle porte dans sa discographie et prouvait qu'après plus de vingt ans de carrière, elle pouvait encore prendre ses auditeurs à contre-pied sans perdre son identité.
Car malgré son esthétique futuriste, son texte énigmatique et son ambiance presque clinique, « Dégénération » reste profondément farmerien. Il s'en dégage cette sensualité trouble, cette étrangeté fascinante et cette petite dose de soufre qui accompagnent souvent les créations de la chanteuse. Une chanson à part, devenue un moment fort de ses spectacles en 2009. La preuve qu'une expérience sonore un peu déroutante peut finalement devenir un hymne… et que chez Mylène, même les mutations finissent par être contagieuses.


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